Quel est le meilleur professeur de français langue étrangère de Bruxelles ? (partie 1)

Ou j'essaie de définir ce qui fait, selon moi, un très bon professeur de français langue étrangère (FLE)

Jean-Robert Lebrun - French teacher - in Brussels & Online

3/4/20265 min read

Image du K2, une allégorie du niveau C2 en français langue étrangère (FLE)
Image du K2, une allégorie du niveau C2 en français langue étrangère (FLE)

Les meilleurs professeurs de français seront toutes celles et tous ceux qui vous permettront d’accéder in fine à l’autonomie tant linguistique que culturelle, intellectuelle et personnelle.

Un journaliste a demandé un jour à un violoniste de renommée mondiale comment il avait fait pour arriver là où il était arrivé, c’est-à-dire, je pense, à l’excellence. Le violoniste a répondu : « Moi, j’ai continué. » J’ai souvent entendu cette réponse dans la bouche des gens qui, en art, « ont réussi ». Tant de gens commencent quelque chose puis abandonnent. Un bon professeur sera toujours celui qui vous permettra de continuer. Avec lui ou sans lui.

Pourquoi les gens abandonnent-ils ? « C’est trop compliqué », « C’est trop de travail », « Cela prend trop de temps », « C’est trop ennuyeux »… C’est « trop ! »… Trop pour une seule personne… Mais avec un professeur, un vrai professeur ?!… Tout doit devenir possible ! « On ne laisse jamais un camarade derrière ! »... Un professeur, c’est quelqu’un qui s’engage à ne jamais vous laisser derrière. Beaucoup de gens abandonnent parce que en fait, on les a abandonnés...

C’est vrai qu’un apprentissage quel qu’il soit est toujours impressionnant. On a l’impression d’avoir face à soi une immense montagne avec des falaises qui semblent toutes monter à pic. Le professeur est un guide de montagne. Il connaît la montagne, il connaît cette montagne, il l’a étudiée. Il doit expliquer qu’il y a plusieurs voies possibles, qu’on n’est pas obligé de commencer par une ascension par la face nord et en plein hiver. Une montagne, cela s’approche avec modestie, avec méthode, pas à pas. Le guide doit bien calibrer la phase d’approche, bien choisir le matériel, son camp de base, ses voies, ses étapes, etc. Il doit prévoir des alternatives, des solutions, des stratégies, du matériel de remplacement pour faire face à toutes les questions que la montagne peut poser.

Abandonnons l’allégorie. Abandonnons le meilleur guide de montagne.

Un client me contacte. Je lui envoie un questionnaire préparatoire au premier rendez-vous (gratuit). En attendant qu’il me réponde, je fais mes devoirs. Je vais sur LinkedIn ou ailleurs sur Internet pour essayer de glaner des informations. Quelle est sa langue maternelle ? Quelles langues parle-t-il ? Un client qui parle déjà une langue romane ou l’anglais, un client qui lit déjà en caractères latins, etc. ne part pas du même endroit qu’un autre. L’âge ou l’expérience par exemple de l’altérité, de la langue étrange et étrangère, de la vie « à l’étranger »… la formation, la nationalité ou la culture ou le milieu social, le sexe ou le genre, le métier, la charge mentale, etc. Le temps disponible, etc. Les goûts et dégoûts, les passe-temps, les passions… Certaines personnes ont une mémoire plutôt auditive, d’autres plutôt visuelle. Tout cela doit être pris en compte pour imaginer un chemin.

Un questionnaire, un simple questionnaire et la façon avec laquelle il y est répondu disent des choses. Pas de jugement, de simples choses avec lesquelles le professeur d’expérience va devoir composer. On voit, on entrevoit dans les réponses, les craintes, les doutes, on y voit l’envie, on y voit l’investissement... Ou pas. Toutes choses qui se révéleront utiles pour aborder la première rencontre. Celle-ci pourra confirmer ou infirmer (!) des intuitions. Ouvrir des portes, des perspectives vers de futures propositions. Chaque personne est différente, chaque personne différente rappelle après quelques dizaines d’années d’expérience d’autres personnes, d’autres histoires. Un nouveau client doit pouvoir sentir très vite cette expérience, celle qui rassure (je ne vais pas me lancer à l’assaut de cette montagne avec un novice). Un nouveau client doit aussi pouvoir sentir qu’il existe dans sa singularité, dans son individualité. Le professeur ne me réduit pas à un type, à un cliché, il s’intéresse à moi, il cherche à me connaître pour pouvoir me guider en toute sécurité (et voilà l’allégorie qui revient…)

Pour moi, une autre chose est importante : un client doit avoir confiance. Bien sûr dans l’expérience du professeur, bien sûr dans sa compétence, on y reviendra mais un client doit être sûr qu’il ne sera jamais jugé. Apprendre une langue, c’est se mettre dans une position de fragilité. Un client doit savoir qu’il est en sécurité avec son professeur particulier. Il n’y a pas d’ordre des professeurs de français langue étrangère comme il y a un ordre des avocats, il n’y a pas de serment d’Hippocrate… C’est dommage. Entre un professeur de cours particuliers et ses clients doit s’établir une relation de confiance. Pas de jugement. Jamais. Et puis, extrêmement important, ce qui est dit dans ce colloque singulier reste dans le colloque singulier. Discrétion absolue.

Certains professeurs deviennent professeurs pour dominer. Ce ne sont pas pour moi de vrais professeurs ! Le système scolaire notamment en France et en Belgique est encore très lié à une approche religieuse et morale. Certains y parlent encore de « faute », d’« échec », certains s’intéressent à l’« exception » plutôt qu’à la règle pourtant générale. On entend encore en France des horreurs comme « le masculin l’emporte sur le féminin », etc. En français langue étrangère, ce n’est pas là où l’on rencontre le plus de professeurs toxiques mais ils existent. J’ai entendu des horreurs en salle des profs mais souvent, c’étaient des profs qui donnaient des cours de groupe. Chez les collègues qui ont fait le choix de se spécialiser dans les cours particuliers, je pense qu’on trouve sans doute moins de ces petits egos fragiles qui jouissent et profitent de la fragilité de leurs étudiants. Il faut dire que, notamment à Bruxelles, donner des cours particuliers, c’est se retrouver face à des gens qui ont le poste, le budget, le manque de temps, etc. qui sélectionnent le cours particulier plutôt que le cours de groupe. Un professeur de français langue étrangère se retrouve donc souvent face à des avocats d’affaires, d’anciens premiers ministres, etc. qui ne sont pas les publics que recherchent les professeurs qui aiment profiter de la fragilité d’autrui. Mais… Un partenaire d’un grand cabinet d’avocats, un commissaire européen... Tout le monde a ses propres défis. J’ai toujours été impressionné de sentir le stress dans la voix, dans l’expression, de mes clients de pouvoir quand leur assistant ou leur secrétaire entre pendant un cours pour déposer un document. Parler une langue étrangère, c’est prendre des risques, c’est prendre le risque d’apparaître moins « performant », moins sûr de soi... Chaque client a ses propres défis. Il faut les comprendre pour l’aider à les rencontrer, à les apprivoiser et à les dépasser, d’abord dans l’environnement protégé du cours particulier avant de les affronter dans des environnements de plus en plus « risqués », là où des gens voudront toujours utiliser tout ce qu’ils pourront pour dominer. Il n’y a pas de cours de français langue étrangère sans un professeur bienveillant et attentif car « dehors », là où sévissent les toxiques, les sexistes, les snobs, les racistes, les… glottophobes, il faut que ces clients soient préparés linguistiquement, armés psychologiquement de confiance en eux et en leurs capacités, pour résister aux attaques de toute sorte et… « continuer ! »

(à suivre)